Portrait : comment unir le modèle et son espace ? L’exemple avec Annie Leibovitz

Confinée dans un petit espace, Annie Leibovitz est parvenue à nous donner la sensation que son modèle fusionnait avec son environnement. Quelques astuces simples pour y parvenir.

 Gloria Steinem dans son bureau. Photographie d'Annie Leibovitz dans son livre  Annie Leibovitz Portraits 2005-2016 aux Editions   Phaidon 2017

Gloria Steinem dans son bureau. Photographie d'Annie Leibovitz dans son livre Annie Leibovitz Portraits 2005-2016 aux Editions Phaidon 2017

« C’est ton cockpit »

«C’est ton cockpit» commentait Annie Leibovitz à propos du bureau de Gloria Steinem et en sa présence au studio de la photographe en 2016. (Citée par le New York Times)

La photographie de la fondatrice du magazine Ms avait été prise un an plus tôt.

Devenue l’une des plus anciennes voix des mouvements féministes américains des années soixante, elle a aussi fait partie de l’équipe qui a créé le New York magazine.

Comme d’autres, Gloria Steinem appartient au corpus de figures féminines qu’Annie Leibovitz a entrepris de constituer pour son projet «Women, new portraits ».

Parce qu’elle suit la ligne directrice qu’elle s’était fixée pour « Women » paru en 1999, Annie Leibovitz souhaitait mettre en avant le parcours de Gloria Steinem.

Agée de 82 ans, Gloria Steinem est une auteure et conférencière prolifique pour qui son bureau est l’endroit où selon elle « ‘j’écris et où – je suis incapable d’écrire ». * 

 On distingue que l'alignement des lames de parquet et de la pile de livre présente un raccord

On distingue que l'alignement des lames de parquet et de la pile de livre présente un raccord

Agrandir l’espace

Probablement assez petit ou « tiny » comme disent les Américains, le bureau de Gloria Steinem aurait pu contraindre la photographe à utiliser un très grand angle afin de pouvoir confiner son modèle dans cet espace et nous donner la sensation qu’il y était envahi par les livres, les notes et les agendas.

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Annie Leibovitz a cependant employé une technique différente en procédant au collage de trois photographies. Discret mais pas totalement dissimulé, ce collage de trois parties ou de trois photographies a permis à la photographe de traduire cette sensation de « cockpit » qu’elle évoquait avec Gloria Steinem.

Par comparaison, un autre portrait publié par Penguin Random House sur son site  et dont Annie Leibovitz est aussi l’auteure n’offre pas la même sensation.

 Portrait de Gloria Steinem par Annie Leibovitz  Editions Penguin Random House

Portrait de Gloria Steinem par Annie Leibovitz Editions Penguin Random House

Trois astuces photos pour réussir ce portrait

Plusieurs raisons à cela. Tout d’abord le cadrage est plus serré. Même si on devine que le modèle est dans son univers, la sensation de « cockpit » n’est pas présente. Ensuite, la lumière est différente. Sur le portrait de Random House, Gloria Steinem est éclairée, sans doute avec un flash. Même si la lumière est chaude, elle ne présente pas la même dominante que sur le portrait publié dans le livre de Leibovitz. Dans celui-ci, la lumière très chaude et la dominante orangée proviennent de l’éclairage ambiant. Le modèle baigne dans la lumière tungstène du bureau. Il s’en détache à peine. Il fait partie de cet univers.

Enfin, sur le portrait de Random House, Gloria Steinem fixe l’objectif ; elle nous regarde et par extension ne dissimule pas la présence de la photographe.

Une présence discrète

Dans le livre, Gloria Steinem est au contraire plongée dans ses pensées. Devant ce portrait j’ai le sentiment de partager ce qu’elle éprouve. Son regard est comme suspendu et moi avec elle ; ses mains sont en attente devant le clavier. Son regard ne regarde rien d’extérieur mais fixe quelque chose d’intérieur, une pensée, une réflexion.

La présence de la photographe est discrète. Elle est à la bonne distance pour donner cette sensation d’observateur silencieux.

Ce portrait semble être un instant partagé et saisi par une amie de passage. Une photographie en apparence simple et naturelle, très loin des portraits plus sophistiqués qu’a pu produire Annie Leibovitz.


Voir les expositions en vidéo sur le site d'UBS

Ensemble, Gloria Steinem et Annie Leibovitz ont entrepris de poursuivre un projet intitulé « Women, new portraits » . Le livre paru en 1999 sous le titre « Women » et initié par la photographe et Susan Sontag n’était finalement qu’une étape d’un projet qu’Annie Leibovitz entend mener encore longtemps et « … qui ne sera jamais fini. » Car, expliquait la photographe à Vogue USA en 2016, « C’est le genre de projet qui n’aura jamais de fin. »


Portrait des Jardins de Valloires

Pour les trente ans de la restauration des Jardins de Valloires par le paysagiste Gilles Clément, j'ai eu l'honneur d'être invité à présenter une exposition consacrée aux jardins de l'abbaye.

Ma première visite des jardins eut lieu l’été 2000. Un journaliste m’avait proposé une visite de repérage. Valloires faisait partie des premiers jardins que je découvrais. La même année ou un peu plus tard je photographiais le jardin Citroën à Paris, une autre création de Gilles Clément. Je découvrais l’Art du paysage jardiné. Jusqu’alors, mes paysages étaient sauvages. Ils étaient ceux des inondations, des forêts après les tempêtes. Ils étaient ceux de l’actualité et du tumulte. Je m’intéressais alors davantage au désordre.

Je crois que les jardins au contraire répondent à un certain ordre. Comme une poupée gigogne les jardins de Valloires sont nombreux mais ils forment un seul espace. Ils suivent une forme d’ordre. Ils s’emboîtent les uns avec les autres même si chacun nous raconte une histoire différente.

Pour le livre sur les jardins de Valloires, dont est issue cette exposition, ma mission elle-aussi suivait un certain ordre. Je devais me faire le porte-voix ou porte-vue dans mon cas, d’une création. Je devais rendre compte de l’oeuvre existante de la façon la plus neutre possible. J’ai donc choisi d’aborder ce travail à la manière des cartes postales. Elles rendent compte d’un lieu et en offrent un souvenir positif et représentatif. Dans cette exposition intitulée "Le photographe et le jardinier", les photographies sont comme des cartes postales en taille XXL.

Le site des jardins de Valloires

 Gilles Clément dans le jardin de l'Evolution

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Le retour à la terre

Le retour à la terre

Olivier Durand, Maxime de Rostolan, Linda Bedouet et Edouard Stalin ont en commun une passion pour l'agriculture maraîchère. Leur démarche est différente mais chacun à leur manière, ils expérimentent des techniques de culture qui empruntent à la permaculture ou renouent avec des pratiques anciennes.

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Les Mirages de Valentin Barray

Pour la couverture de l'album Mirages de Valentin Barray, le graphiste Fabien Dolinski imaginait un portrait du musicien. Je cherchais une lumière cristalline et un paysage très épuré pour faire ce portrait. Je voulais une ambiance proche de la couleur de l’album, à la fois simple et romantique. J’ai choisi les plages de la Manche dans les environs de Fécamp. Nous avons choisi de travailler au moment où la mer s’était retirée afin de bénéficier du platier sombre en contraste avec l’horizon.

 

 Portrait de Valentin Barray