Sérendipité, Annie Leibovitz et #MeToo

Sérendipité est mon mot préféré après digression. Ce « don de faire des trouvailles » est plutôt réservé aux scientifiques, aux chercheurs.  Plus modestement pour moi, c’est le don de prendre le chemin vers une direction précise et d’arriver tout à fait ailleurs.

Prenons par exemple ce billet de blog. Il est normalement consacré au portrait de Gloria Steinem par Annie Leibovitz et reproduit dans son livre Portraits 2005-2016 aux Editions Phaïdon. Ce que je vais développer très bientôt.

Mais ce portrait m’a tout d’abord conduit à rechercher qui était Gloria Steinem. Comme un certain nombre de personnes photographiées dans ce livre par Annie Leibovitz, je ne la connaissais pas mais Google oui !

Dans la recherche par image, « Steinem » « Leibovitz », la photographie en question est dans les premiers résultats. Sur cette photographie d’Annie Leibovitz, Gloria Steinem est dans son bureau.

 Gloria Steinem par Annie Leibovitz

Gloria Steinem par Annie Leibovitz

Mais ce qui m’a attiré c’est une autre photographie plus  ancienne. Elle est en noir et blanc. Gloria Steinem est alors beaucoup plus jeune et pose assise, les bras ouverts face à l’objectif. Elle est aussi dans son bureau, comme dans le portrait d’Annie Leibovitz. Un clic sur la photo pour en connaître l’auteur puis « Consulter ». De nouveau un clic sur la première image et re-direction inattendue vers une page de blog intitulée « Gloria Steinem, the strength remains ».

Il s’agit du blog d’un auteur dont j’ignorais jusqu’alors l’existence. Il se nomme James Grissom. Ce scénariste (HBO, CBS, voir sa fiche IMDB) est aussi l’auteur d’un livre intitulé The follies of God, Tenessee Williams and the women of the fog, publié en 2016.

 

 Gloria Steinem par Marianne Barcellonna

Gloria Steinem par Marianne Barcellonna

Dans cet ouvrage, James Grissom relate sa rencontre avec Tenessee Williams en pleine crise de la page blanche qu’il appelle « knot time ». L’auteur est alors un tout jeune aspirant écrivain en admiration devant celui dont il aimerait faire son « mentor ».

 

Dans une longue conversation, James Grissom raconte la perte, puis la quête d’inspiration de Tennessee Williams. Ce que TW lui décrit comme étant « the fog » qui précède  la vision d’une femme, “but there is a premonitory moment before a woman, an important, powerful woman, enters my subconscious, and this moment is announced by the arrival of fog . »

 

C’est une sorte de road trip en hommage aux femmes mais aussi aux hommes qui ont été les jalons du génie créatif de Tenessee Williams dans lequel James Grissom nous entraîne.

Et l’auteur a poursuivi à son tour l’envie de rendre hommage aux femmes qu’il a connu ou à des femmes dont il admire le travail en écrivant des articles dans son blog The follies of God.

Et c’est maintenant que l’on retrouve Gloria Steinem (et mon second mot préféré prend tout son sens) puisque c’est en tapant son nom dans Google que je suis tombé sur l’article que lui consacre James Grissom!

 

Qui est-elle ?  Journaliste, militante féministe américaine connue et reconnue aux Etats Unis, Gloria Steinem a entre autre été la co-fondatrice du magazine Ms (lien vers le site du magazine) dédié au mouvement féministe. Agée aujourd’hui de 83 ans, Gloria Steinem a une longue carrière de journaliste. Parmi ses prises de position ou analyses j’ai retenu celle-ci, pleine d’humour : « What would happen, for instance, if suddenly, magically, men could menstruate and women could not?

The answer is clear—menstruation would become an enviable, boast-worthy,masculine event: Men would brag about how long and how much.

Boys would mark the onset of menses, that longed-for proof of manhood,

with religious ritual and stag parties.

Congress would fund a National Institute of Dysmenorrhea to help stamp out monthly discomforts. » (l'article complet ici)

 

Que fait ce billet su mon blog ? La réponse est dans l’article de James Grissom. « As I told you, everything that matters to me, that I can call my true and unsentimental education, has come from two sources: women and photographs. Those are the only two items that I can believe, that can teach me something, that can bear witness to what has transpired. »

 

Cela m’a amené à réfléchir à ma propre source d’inspiration, d’énergie ! D’où provient-elle le plus souvent ? Je me suis rendu compte que la figure de la femme était cruciale dans ma vie. Ce sont des femmes qui m’ont le plus souvent guidé et encouragé. Des profs dont je retiens l’énergie et l’envie d’apprendre reviennent surtout les « Madames » ; dans mon travail, des consoeurs; ma fille, qui à 20 ans part seule se construire un avenir aux Etats Unis ; enfin ma femme qui depuis (waou 30 ans !) me supporte, dans les deux sens du terme, me soutient et me supporte !

Vous l’aurez compris mon #MeToo dans le titre est un leurre pour les bots de Google et le mien serait plutôt #moi aussi je vous dois beaucoup. Alors à toutes les femmes que j’ai pu rencontrer, à toutes celles avec qui j’ai pu travailler, à toutes celles que j’ai croisées, à toutes celles que j’ai regardées et à Celle que j’aime depuis si longtemps je vous dis merci.

Par contre j’aime aussi Clint Eastwood !

A la fin de son article James Grissom nous encourage à partager les rêves que nos mères nous ont légués. J’espère qu’en tant que père je lèguerai à mon fils une part moins importante du macho qui est en moi !

 

 Le lien vers le blog de James Grissom